Riadh Landlous, 16 novembre 2013

Un fait pour le moins que l’on puisse dire insolite s’est déroulé dans une boulangerie de Riadh Landlous vendredi dernier. Une mésaventure qui s’est malheureusement soldée par un une tragédie.

Yacine Friâa, 52 ans, venait tout juste de rentrer définitivement en Tunisie après un séjour de 16 ans à Paris, avec pour but de monter sa propre société de programmation informatique. « Il avait plein de rêves et de projets qu’il comptait réaliser dans l’immédiat. Fallait-il qu’il aille à cette boulangerie alors qu’on avait du pain que j’ai moi-même acheté la soirée de la veille ? » Nous confie sa femme qui n’arrive pas encore à réaliser que son mari n’est plus.

Contrarié du fait qu’il devait chaque matin manger des tartines faites à partir du pain acheté la veille, il décide d’aller en acheter du frais à la boulangerie du quartier. En arrivant sur place, il se met derrière une vieille dame en faisant attention à respecter la file. C’est là qu’un groupe d’une dizaine élèves entre et demande des brioches à la vendeuse .

Yacine perd ses nerfs et essaie de leur signifier qu’ils doivent respecter la file, mais les écoliers étaient trop bruyants pour écouter ses consignes. Et avant que le dernier garçon du groupe ne quitte la boulangerie, une femme entre et demande deux baguettes.

Peu à peu la boulangerie commence à se remplir. Yacine est encore à sa position initiale. De loin,  il reproche le manque d’organisation à la vendeuse mais occupée à servir, elle l’ignore.

« Il était très têtu, je savais que c’était le défaut qui, tôt ou tard, le perdra… » Nous a confié sa veuve.

Les heures passent, des centaines de personnes ont été servies. Yacine n’a toujours rien pu commander. Il s’entête à vouloir respecter une file qui n’existe que dans sa tête. Furieux,  il a fini par crier « Au moins respectez la vieille dame bon sang ! » Mais en vain, elle non plus n’a pas réagi positivement à son appel. Elle lui a même demandé d’arrêter de protester.

Vers 15 heures, il commence à sentir un léger mal de ventre qui s’est intensifié au fil des heures. Mais son entêtement l’empêche de percevoir le drame que le destin lui réservait .

Le soleil s’est déjà couché, et rien n’a changé à la Guernica qui s’est dessinée à plusieurs reprises devant lui. Seules les têtes des clients changeaient. Les gens fusaient de toutes parts ! Tout le monde voulait sa baguette avant la fermeture de la boulangerie.

Affaibli mais toujours à sa place dans la file, Yacine a intrigué la commerçante . « Je lui ai demandé de sortir puisque je devais fermer et qu’il n’y avait plus de pain, et ce à plusieurs reprises. Mais il ne me répondait pas ! Il avait un regard vide et semblait ne pas me prêter attention. » Nous a expliqué la vendeuse en séchant ses larmes « J’ai dû donc le laisser là et fermer la boutique » a enchaîné la jeune demoiselle avant de s’effondrer en pleurant.

« J’aurais espéré commencer ma journée autrement que de la sorte » nous a dit le deuxième vendeur qui s’était absenté la veille, puis il explique :  « En ouvrant la porte, je me suis trouvé en face d’un cadavre allongé non loin de Mémé Fankoucha, la mascotte en porcelaine de la boulangerie. Croyez-moi, ce n’était pas beau à voir, ni à sentir d’ailleurs. Allah Yarhmou… Paix à son âme.»

Selon le médecin légiste qui a examiné la dépouille, la mort de Yacine est due à l’explosion de sa vessie qui n’a pas pu retenir l’urine qui s’était accumulée tout au long de la journée. Il était tellement énervé et décidé à respecter l’une des règles les plus basiques du civisme qu’il n’a même pas pu déchiffrer les signaux émis par son cerveau, lui signifiant qu’il fallait uriner d’urgence.

En hommage à ce martyr du civisme, le propriétaire de la boulangerie a décidé de lancer un nouveau produit appelé « Vessine », un nouveau pain en forme de vessie fourré à la confiture de citron.

 

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