Il est 8h08. L’assistante personnelle du Premier ministre nous conduit au bureau de ce dernier qui nous attend déjà. Celui qui commence ses journées à 6h00 du matin nous reçoit chaleureusement. Après nous avoir proposé un café et un Schneck, Youssef Chahed éteint une enceinte qui diffusait les meilleurs tubes de Chedli Hajji avant de se déclarer prêt pour nos questions.

Nous entamons notre entrevue en demandant au Chef du gouvernement comment il a vécu la terrible annonce de l’effroyable déluge ayant frappé le gouvernorat de Nabeul. Sans broncher, il nous répond qu’il l’a appris comme tout le monde, sur Facebook alors qu’il était en pleine partie de Farmville. Il enchaîne en nous disant: “Dans d’autres circonstances, je vous aurais dit que je préfère voir la moitié pleine du verre, sauf qu’avec les fortes précipitations enregistrées, le verre est désormais plein à ras bord!

Après avoir longuement ri de son trait d’humour, puis l’avoir soigneusement noté pour le ressortir à l’occasion de futures échéances, le jeune Premier Ministre est sans transition rentré dans le vif du sujet. En effet, il nous a fait part de sa satisfaction quant à la gestion de crise. D’après lui, la catastrophe naturelle a été gérée d’une main de maître, et toutes les dispositions ont été prises pour limiter les dégâts. Devant nos interrogations, l’homme fort du pays nous a dévoilé avoir déjà prévu le question il y a bien longtemps, et qu’au lieu d’opter pour une lourde et fastidieuse mise à niveau de l’infrastructure, il a mis en place une stratégie manifestement plus efficace:

Depuis mon arrivée en place, j’ai fait en sorte à accélérer la chute du pouvoir d’achat des Tunisiens, de sorte à ce qu’ils n’aient que peu de préjudice matériel à déplorer en cas d’un scénario similaire à celui qu’on vient de vivre! Imaginez un tel déluge dans un contexte de croissance économique: on en serait à ramasser des centaines de tonnes de débris de Range Rover, et à évacuer des yachts sur les toits des maisons, pour le plus grand malheur de nos concitoyens! Un peuple pauvre est un peuple qui n’a plus grand chose à perdre”. Il suffisait d’y penser!

Grisé par notre stupéfaction, le visionnaire quarantenaire nous a expliqué que la même technique est non seulement bénéfique en cas de catastrophe naturelle, mais également pour s’affranchir du joug des bailleurs de fonds internationaux: “Je suis à deux doigts de déclarer le pays en faillite. Le cas échéant, les créanciers de Tunisie perdront tout levier sur elle. Que vont faire nos créanciers? Nous prendre nos richesses pour se dédommager? Nous n’en aurons plus! Il n’ont qu’à saisir Tunisair et Hafedh Caid Essebsi s’ils veulent!” dit-il sur un air toujours aussi débonnaire.

En conclusion de l’entretien, l’homme de la situation a tenu à nous rassurer en nous disant que le pays sera plus fort pour affronter les intempéries dans l’avenir: “Dans l’avenir, la chute du pouvoir d’achat sera combinée à l’effet de la bulle immobilière que je compte faire exploser incessamment. Et qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, les propriétaires ne seront plus affectés par le sort d’un logement qui vaudra moins cher qu’une Renault Symbol!”

Bien vu Monsieur le Premier Ministre!

La rédaction

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