Pour marquer son attachement aux valeurs du Front Populaire, un militant commande une Porsche sans jantes aluminium

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Leave the ‘JABHA’ alone ! C’est ce qu’on pouvait lire sur un sticker méticuleusement apposé sur le pare-brise d’une rutilante Porsche Panamera, tout juste sortie du concessionnaire de la marque à La Goulette. Et pour cause… Adnen Dh’hibi, heureux propriétaire de la limousine de luxe, n’est autre que l’un des plus fervents militants du Front populaire, et accessoirement le PDG de la plus grande chaîne de bijouteries du pays.

 

Le discours de Hamma : une révélation !

L’histoire de cet homme d’affaires est peu banale. En effet, après trois années de désintérêt total pour la chose politique, il a vécu dimanche dernier une révélation propre à changer sa vie à tout jamais. Voulant entrer au Saadi, où il a l’habitude de siroter son verre dominical, il s’est trouvé happé par la foule qui se dirigeait vers el Kobba pour assister au discours de Hamma Hammami et s’est laissé entraîner. Bien lui en a pris, car, au sortir de la salle omnisport, Adnen était transformé. « Il m’a complètement ouvert les yeux, » raconte-t-il, encore émerveillé. « Je n’en reviens pas d’avoir pu être aussi aveugle ! »

 

Depuis ce fameux dimanche, Adnen a embrassé la cause du Font Populaire. Et cela se voit, à commencer par sa nouvelle voiture. Au-delà du sticker, il commandé un modèle unique « Jabha compliant », comme il s’amuse à dire. Pas peu fier de son acquisition, il nous fait le tour du propriétaire : « J’ai troqué les jantes aluminium 22 pouces pour des jantes en tôle de Peugeot 304. Le cuir pleine fleur a fait place à un magnifique tissu à motifs Manoush chiné à « Laswe9 ». J’ai aussi réduit l’équipement au strict minimum. Je me suis même passé de la boîte à gants réfrigérée. Tant pis, on boira le champagne tiède !»

 

Le militantisme, une affaire de famille

Au-delà de son moyen de transport, c’est le quotidien d’Adnen qui a été adapté au mode de vie Jabha. C’est ce que nous avons pu constater en nous rendant chez lui. À ce propos, quelle ne fut pas notre surprise en découvrant du mobilier en plastique Meublatex un peu partout dans la somptueuse demeure de Gammarth Supérieur. « Exit Roche Bobois et Vitra ! », plastronne-t-il. « On ne peut plus faire étalage d’autant d’opulence ! C’est tout bonnement indécent, surtout depuis que j’ai pris l’habitude d’organiser ici-même des meetings réguliers avec les camarades militants de la section banlieue nord du Front. »

 

Si Adnen est très à cheval sur les valeurs du parti, sa famille n’est pas en reste. C’est le cas de Rafla, son épouse, qui nous a accueillis avec un sourire au moins aussi large que son décolleté : « Je vous ai vu fixer mon haut ! », nous lance-elle avec un clin d’œil un peu coquin, avant de poursuivre, sous le regard approbateur de son mari : « Comme vous pouvez voir, c’est un petit cache-cœur Claudie Pierlot que j’ai chiné dans une friperie à Carthage Dermerch. Mon jean est un simple APC, et mes ballerines, juste des Repetto. J’ai vendu toutes mes robes Hervé Léger, mes tailleurs Channel, mes Louboutin et mes Jimmy Choo sur un vide-grenier organisé avec les voisines. Les fonds collectés ont servi à aider une amie dans le besoin à agrandir sa piscine au Lac 2. »

 

Adnen nous emmène ensuite derrière la maison, où nous tombons des nues en découvrant un Dassault Falcon 50 posé là le plus simplement du monde. Devant nos yeux ébahis, notre hôte explique : « Avec les camarades de la section Banlieue nord du Front Pop., nous avons décidé de revendre nos yachts et d’investir la somme réunie dans ce Jet, que nous utilisons en commun, dans la plus pure tradition marxiste. Nous nous en servons chaque semaine pour rejoindre nos propriétés sur la côte d’Azur. Nous faisons du « co-avionnage », en quelque sorte. D’ailleurs, l’appareil est fin prêt pour nous emmener en vacances dans quelques heures. Après des années de farniente m’as-tu-vu entre Saint-Tropez, Capri et la Barbade, c’est désormais au Tchad que nous allons nous ressourcer. »

 

Des liens étroits avec la classe ouvrière

Il est 19 heures et la journée passée avec Adnen touche à sa fin. Avant de partir, nous ne pouvons nous empêcher de lui demander ce qu’il a en commun avec la classe ouvrière si chère au Front Populaire. En guise de réponse, nous avons droit à un sourire et une déclaration d’impôt (somme déclarée : « néant »), suivis d’un laconique : « Comme tous les ouvriers de Tunisie, je ne paie pas d’impôt. »

 

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