Il nous avait donné rendez-vous vous chez lui, rue Staline dans la banlieue sud de Tunis. Il n’était pas difficile de retrouver son appartement, le seul du quartier qui ne possédait pas de douche. Impressionnés par le parcours sans faille de ce militant brillant – nous avions appris qu’il avait arrêté de payer ses consommations dans les bars dès l’âge de six ans – nous nous attendions à un homme impitoyable. Il n’en était rien.

Dans le salon, à la lumière d’une lampe alimentée par les voisins, Bedis El Maoui nous sert de la vodka. Nous déclinons : il est neuf heures du matin. Arborant une vraie barbe de marxiste et un T-shirt du Che, il nous montre son livre de chevet du moment : un ouvrage sur Gramsci et l’importance de spolier les bourgeois au profit du prolétariat.

Badis
Bedis lors d’une manifestation en 2011.

Il commence par nous parler de sa femme, décédée en donnant naissance à leur fils, Chérif. Il l’avait connue lors d’une tournante organisée dans la section Manouba de L’UGET. C’était son premier jour d’adhésion ; elle a eu droit à un dépucelage collectif en guise de cadeau. Lui aussi, c’était sa première participation, et tout naturellement il a eu le coup de foudre. Et, logiquement, elle l’a choisi comme père quand elle a su qu’elle était enceinte des œuvres des militants ce jour-là.

La suite est tragique : sa femme meurt en couches en raison du manque d’hygiène, mais lui réussit à passer en deuxième année de fac de droit l’année où son fils atteint dix ans — le plus beau jour de sa vie, nous dit-il, en larmes.

Toujours militant, il enchaîne les grèves, les sit-in et les manifestations durant toute l’adolescence de son fils, et le pire arrive. À 18 ans, le petit est embrigadé par les salafistes, il se marie. Un mariage coutumier ; sa femme, niqabée, tombe enceinte, accouche, donne l’enfant à son père et s’enfuit en Syrie.

Bedis décide alors de reprendre les choses en main. Il se remet sérieusement aux études, réussit à s’inscrire comme victime de l’ancien régime, met de l’ordre dans sa vie, reprend le chemin du grand amphi, qu’il avait déserté en 1992.

Aujourd’hui, c’est un homme casé. Il s’occupe de sa petite fille, a dénoncé son fils au flics, milite uniquement sur Facebook, ne drague plus les mineures, et nous dit, plein d’espoir et avec un large sourire : « Un jour, peut-être, je paierai mes bières, mais ne nous précipitons pas… »

1 COMMENT

  1. Votre texte est pitoyable. J’aimais tellement vos textes, mais là c’est de la sottise ! J’ai toujours fait partie de l’UGET quand j’étais étudiante, et rassurez-vous je ne manque pas d’hygiène, je ne pue pas, je ne suis pas « ga77afa » , je n’ai pas subi un dépucelage collectif, et aujourd’hui je poursuis mon doctorat au Canada. Tout.e.s mes ami.e.s Ugetien.ne.s ont très bien réussi leurs études et sont des personnes équilibrées avec de très belles valeurs. Il est vrai qu’il y a quelques ugetiens qui ne font que ternir la réputation de cette grande organisation, mais cette image caricaturale du syndicaliste n’aide personne et est très injuste..

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