Ce n’est plus un secret, le pays fait face à de graves pénuries de plusieurs denrées alimentaires de base, dont œufs et produits laitiers. Face à cette situation tragicomique, l’administration s’organise pour juguler la crise, et propose des solutions au niveau des aéroports.

L’information peut surprendre, mais le salut de l’autosuffisance alimentaire nationale pourrait venir de l’aéroport Tunis-Carthage! En effet, ayant constaté avec effroi les problèmes d’approvisionnement en produits alimentaires, la direction des achats de l’OPAT, en étroite collaboration avec ses partenaires étrangers, a procédé à l’importation de produits laitiers et de plateaux d’oeufs. Produits qu’elle propose à la vente aux passagers.

Reçus par Chékib Tayari, (NDLR: directeur “achats, approvisionnement et sieste” à l’OPAT), ce dernier nous explique que l’opération est un succès commercial inouï. Tant et si bien que l’on a dû réduire les rayons des alcools, tabacs et autres parfums “Traditionnellement la vache à lait du point de vente Duty free, sans mauvais jeu de mot!” dit le dirigeant en étouffant un rire, afin de faire plus de place aux briques de lait et de beurre. Littéralement pris d’assaut par les clients, le rayon en question, sobrement baptisé “Rayon Crise” par la direction, fait l’objet d’une impressionnante rotation de stock, frisant la douzaine de rotations par tranche de 24 heures. Quant aux clients, notre interlocuteur fait le constat de profils complètement différents allant du père de famille au gérant de café, en passant par les boîtes de nuit “naturellement friandes de produits exclusifs” nous dit-il, sans oublier les incontournables professionnels du Mraoueb.

Les Duty free s’adaptent au marché, les voyageurs sont conquis!

Lors de notre visite du rayon, nous avons rencontré Neyrouz, femme au foyer de 43 ans qui nous a confié prendre l’avion deux à trois fois par semaine juste pour avoir accès au rayon Crise de l’espace Duty free. Rien que cette semaine, elle a déjà fait Paris et Rome sans quitter l’aéroport de destination, et en reprenant à chaque fois l’avion de l’aller pour le vol retour. Aujourd’hui, avant d’embarquer pour le vol à Nouakchott, Neyrouz espère trouver suffisamment de lait et de beurre pour le petit déjeuner de ses deux garçons jusqu’à la semaine prochaine. De même, elle ne désespère pas de mettre la main sur un pot de crème épaisse, faute de quoi, elle ne pourra pas faire sa quiche saumon-épinards pour le dîner.

Par anticipation à une pénurie appelée à durer, la direction entend fixer des rations maximales en lait et en oeufs par client pour satisfaire le plus grand nombre. De plus, la décision a été prise d’investir dans un cheptel de vaches de race Holstein pour produire du lait frais sur place. Le cheptel en question a déjà été commandé, et un espace dédié créé à cet effet, à coté de Sadika, l’enseigne d’artisanat. Par ailleurs, il serait question d’élargir le rayon Crise à d’autres produits identifiés comme étant à risque; notamment le sel, le vinaigre, le Grésil et l’alcool à 90°, plus communément appelé “Sbiritou”.

La rédaction

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