Manifestation réussie à Kasserine : « Nous avons enfin obtenu notre première victoire ! »

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Les mains en V symbolisant la victoire sont montées dans le ciel il y a quelques heures alors que le mouvement de revendication de Kasserine obtenait sa première victoire.

En effet, depuis novembre, la grogne monte ici. Les gens n’ont pas compris comment il était possible que le grand Tunis écope d’un couvre-feu pendant près d’un mois alors qu’il ne se passait rien chez eux.

« On en a marre d’être ignorés et considérés comme des moins que rien », proclame avec véhémence Ahmed. « Que les Tunisois aient eu droit au couvre feu et pas nous – alors que c’est quand même nos traditions – montre bien le mépris du pouvoir à notre encontre », poursuit-il.

Il a donc fallu s’organiser pour rappeler aux responsables politiques et sécuritaires qu’ici aussi, à Kasserine, on méritait le couvre feu. Et « Pour les bonnes raisons », ainsi que l’exprimait une des pancartes brandies dans les manifestations.

Encart sécuritaire

Les policiers auraient vu d’un très bon œil ce mouvement de contestation : « Depuis 2011, on tabasse, tue, blesse, viole… mais à part quelques rares visites aux tribunaux militaires, la lumière est sans cesse projetée ailleurs. Nous aussi en avons marre de ce mépris permanent; nous avons donc décidé d’innover en matière d’intervention pour attirer l’attention de l’opinion publique et de notre ministère de tutelle. Cette fois, on ne lâchera pas avant qu’on ne nous reconnaisse à notre pleine valeur. Finies les bombes lacrymogènes et les balles tirées à bout portant ; il va falloir passer à la vitesse supérieure ». « Pour notre action, nous avons l’appui logistique et effectif de l’ONG SSF (Snipers Sans Frontières). Ses militants déplorent eux-aussi le black out médiatique récurrent à leur égard. Ils n’ont même pas eu droit à une convocation au tribunal », aurait déclaré un agent des forces de l’ordre à notre reporter.

Et maintenant ? La question se pose de savoir quelle suite sera donnée à ce mouvement. D’autres villes, jalouses, vont-elles, elles aussi réclamer ce droit ? Ou bien cela va-t-il s’éteindre avec le mauvais temps qui s’annonce (d’après les experts de la commission Pluie et mauvais temps du ministère des affaires religieuses) ?

Le ministère de l’intérieur et le ministère des affaires sociales songent à créer une commission interministérielle qui fera appel aux experts du ministère des affaires religieuses afin d’organiser une prière de la paix sociale si rien ne s’arrange.

Affaire à suivre…

Success story : Mounir, auto-entrepreneur, 34 ans

Nous avons rencontré Mounir en marge des manifestations. Debout, à côté de son Isuzu garé à l’entrée de la ville, il sourit de toutes ses dents. Cela détone sur l’ambiance générale et les visages plutôt sombres que l’on croise ici et là. L’arrière de son Isuzu est rempli de pneus. Explication :

« Vous savez, moi, j’ai l’esprit d’entreprise dans l’âme. J’ai entendu parler de l’organisation de cette manifestation il y a quelques jours, alors j’ai vite filé dans une décharge pour aller acheter à très bas prix un lot énorme de pneus. Le pneu, dans des occasions pareilles, ça se revend très cher, vous savez. Entre les syndicats qui sont les meilleurs clients, les rebelles indépendants et les policiers infiltrés, les prix montent très vite. »

« Par contre, si les événements se poursuivent encore plusieurs jours, je vais devoir trouver une solution pour me réapprovisionner, nuance-t-il. J’ai déjà demandé à mon cousin d’emprunter l’Isuzu de son père et de venir me rejoindre avec d’autres pneus. »

 

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