Le voisin qui ne rendait pas le ballon quand il tombait chez lui avait le cancer

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Nous l’avons rencontré à l’hôpital Salah Azaiez. La tête dégarnie et la mine fatiguée, il accepte de nous rencontrer pour expliquer un mystère qui nous a intrigué tout le long de notre enfance.

Abdessatar Lemkawwer revient sur le terrain vague à côté de chez lui. Improvisé terrain de football, il réunissait tous les enfants du quartier tous les jours après l’école ainsi que le week-end.

« Le bruit était insupportable, je n’arrivais pas à dormir, surtout les jours de séance de chimio. Mais j’essayais de faire contre mauvaise fortune bon cœur. N’ayant jamais eu d’enfants à cause de mon cancer, j’imaginais que ces gosses étaient les miens et je les pardonnais. Mais c’était sans compter sur un certain Issam qui m’avait particulièrement pourri la vie. »

Connu pour ses tirs hors cadre, Issam se débrouillait pour balancer le ballon directement dans le jardin de si Abdessatar. « Il avait pété tous les carreaux de fenêtre chez moi, bousillé les plantations que je faisais dans mon jardin et a même assommé mon chat à plusieurs reprises. »

Malgré tout, Si Abdessatar voulait rendre le ballon aux enfants. Dès qu’il entendait son bruit, il faisait de son mieux pour y parvenir. « Je commençais par essayer de me lever, ça prenait en moyenne quinze minutes. Après, je branchais mon déambulateur, et comme j’ai des problèmes de vue, une fois sur deux ça ne marchait pas. Je perdais alors connaissance et tombais dans les escaliers. C’était très dur mais croyez-moi j’avais toujours l’intention d’aider ces petits gamins. »

Abdessatar n’ai jamais réussi à arriver à temps pour restituer le ballon aux enfants. Ils se débrouillaient pour sauter par dessus le mur et récupérer ce qu’ils voulaient. « Ces petits anges empruntaient aussi des trucs de mon jardin, dommage qu’ils ne trouvaient jamais le temps de mes les rendre. »

« J’avais de très belles interactions avec mon quartier, ils m’appelaient Al Jifa Al 3anifa, le Squelette et Robocop, surement pour me féliciter pour tous les appareils médicaux que j’avais avec moi. »

« Le quartier, je l’ai quitté en vendant ma maison pour avoir de quoi payer les traitements. Il y a eu une fête dans le quartier et les gosses étaient visiblement émus : Ils ont cassé la porte pour m’aider à déménager, » conclut M. Lemkawwer avec un large sourire avant de faire une crise cardiaque, la troisième de la journée.

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