Manouba, Tunis. Tôt ce matin, un jeune homme s’est fait arrêter au café de son quartier. D’abord emmené au commissariat du coin, il a très vite été transféré à l’hôpital psychiatrique d’El Razi.

« Mon fils n’a pas dormi de la nuit. Il a suivi les séances d’adoption de la constitution à la télévision avant d’aller boire un café vers 5h du matin » nous explique la mère de Nidhal, le jeune homme interné ce matin. « Certes, mon fils était un peu déçu par l’issue de la transition démocratique. Je n’arrêtais pas de le prévenir, de le convaincre de ne pas trop exprimer son dépit concernant la situation du pays en public… » ajoute la mère, désemparée.

Hier, à l’adoption de la nouvelle constitution tunisienne, le jeune Nidhal n’a pas pu retenir son émotion. Voir Sadok Chourou et Sahbi Atig s’exalter en criant « campione, campione » l’a mis à cran et a fait couler ses premières larmes.

L’étudiant de 22 ans quitte alors son domicile pour se rendre au café du coin. A son arrivée, c’est le drame, la télévision diffusait des images de Habib Ellouze et Mongi Rahoui en train de s’embrasser…

L'image à l'origine de la crise d'hystérie de Nidhal.
L’image à l’origine des larmes de Nidhal.

Une brigade de la police était dans les environs quand Nidhal était en pleine crise d’hystérie. « Au début, je voulais savoir si c’étaient des larmes de bonheur ou de tristesse… » raconte le chef du commissariat de Manouba. « Dès que j’ai compris que le jeune homme n’était pas en train de montrer des signes de joie, j’ai ordonné à mes hommes de lui passer les menottes. Nous ne tolérons plus le pessimisme, ce sont les consignes de Mr Ben Jeddou » nous assure le policier avec un ton ferme.

Après avoir reçu 24 diverses gifles sur le visage, 45 coups de botte sur les côtes, 6 coups de poing aux testicules et 2 menaces de viol de la part des agents présents au commissariat, Nidhal continuait à verser des larmes en criant: « DÉPUTÉS VENDUS, CONSTITUTION DE MERDE, FUTUR ÉTAT THÉOCRATIQUE!!!! ».

Intrigué, le chef de la police n’arrive pas à comprendre le manque d’enthousiasme du jeune étudiant par rapport à la constitution. En accord avec la famille de Nidhal, il décide alors de faire interner « le pauvre psychotique » qui « n’est pas capable d’éprouver de l’empathie avec le reste du peuple tunisien qui est, dans son ensemble, ravi par cette nouvelle constitution révolutionnaire » selon les dires du policier.

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