«  J’espère que vous ne faites pas partie de ces apprentis journalistes qui ne couvrent pas assez les causes justes. » C’est par ces mots que nous a accueillis Manar Yakdhan, plus connu sur les réseaux sociaux sous le nom de « Tunisien libre anti khwenjia anti destourien anti pasti ». Le jeune homme de 33 ans, gérant d’un publinet au Kram, est une vraie star du net. Connu pour sa ténacité et sa capacité à mobiliser les foules, il ne mâche pas ses mots face à ceux qu’il qualifie de « mollassons » ou encore de « couilles molles ».

« Je suis outré par tous ces Tunisiens qui ne se bougent pas alors qu’une révolution a démarré depuis quatre ans. Quel dommage ! », déclare le bonhomme, remonté, avant d’ajouter : « Je n’ai qu’une seule chose à dire à mes compatriotes : Mobilisez-vous pour votre pays ez**b ! Soyez patriotes ! Brabbi, qu’allez-vous laisser à vos enfants ? »

Devant tant d’investissement dans l’engagement, nous interrogeons Manar à propos de ses meilleurs souvenirs de lutte. À notre grande surprise, il n’a jamais participé à une manifestation de sa vie.

« Pour la Qasba 1 et 2, je suis resté devant mon ordinateur pour attaquer ceux qui étaient sur Facebook. La marche du 9 avril ? Je ne pouvais pas y aller, car j’étais trop occupé à insulter les gens qui n’y étaient pas. En ce qui concerne Sofiane et Nadhir, j’étais en train de screener tous les statuts qui ne parlaient pas d’eux. Du coup, bah… je n’ai pas eu le temps d’en écrire. »

Manar conclut notre rencontre en évoquant un nouveau concept « qui va radicalement changer la notion de militantisme ». Un outil qu’il « a tout de suite adopté » : les pétitions en ligne. « Bien évidemment, c’est ma secrétaire qui s’occupe de signer les pétitions ; moi, je suis occupé à insulter ceux qui refusent de les parapher.»

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