(TAP-Tunis) : Devant un parterre de riverains agglutinés autour de la façade d’une boutique à Bab Mnara, le SMASH (Service Municipal d’Actions de Salubrité et d’Hygiène) a procédé hier à la fermeture d’un restaurant populaire qui n’a cessé de faire parler de lui durant les derniers mois.

En effet, Mondher Chammaa, inspecteur de salubrité publique en chef rattaché à la mairie de Tunis, a fait le déplacement en personne pour exécuter la décision de fermeture dont fait l’objet le commerce en question. Et pour cause, ledit restaurant se mettait en situation irrégulière du fait d’un excès d’hygiène observé par les clients habituels des lieux. Reportage.

Suite au départ en retraite de son exploitant, le restaurant populaire « El Ahbéb » a été repris par un jeune restaurateur désirant perpétuer la tradition de cette échoppe réputée pour la saveur de ses plats, Leblebi, kaftéji et S’hann Tounsi entre autres…

Toutefois, les clients habituels n’ont pas tardé à constater des changements au niveau des locaux, notamment suite à un nettoyage des lieux. A ce propos Mehrez Zahrouni, client, avait déclaré avoir découvert après 27 ans de fidélité et de crasse que le parterre était de couleur bleue. De plus, ce sont les pratiques du nouveau maître des lieux qui commencent à agacer : Lavage des légumes à l’eau de Javel, réparation des frigos pour y mettre la viande, désinfection et élimination des insectes. Peu à peu, les habitués tiquent et s’offusquent des chamboulements opérés par cet intrus, dénaturant sans vergogne ce haut lieu de la malbouffe.

Attristé par la tournure que prennent les événements, Saber Ben Ayyoub, chômeur, déclare : «Alors que le restaurant avait sa clientèle attitrée, essentiellement constituée de chômeurs, repris de justice et travailleuses de la nuit, nous étions surpris de voir débarquer fils de pub et autres modeuses pour en faire leur squat ! L’autre soir, j’ai même été surpris de voir une blogueuse avec les ongles de couleur turquoise commander un ¼ de poulet ! DES ONGLES TURQUOISE !!». Submergé par ses émotions, notre interlocuteur ne peut s’empêcher de laisser libre cours à ses larmes. Un autre habitué des lieux en profite pour y mettre son grain de sel : « Pour nous les fonctionnaires, Mat3am el Ahbeb était un repaire pour échapper au stress du boulot. Nous avions pour habitude de nous y réfugier lors de nos pauses, notamment celles entre 9h et 12h, puis de 13h30 à 17h. Avec ce trop plein d’hygiène et les incrustes qui nous dérangent, nous nous sentons comme des étrangers chez nous ! »

Tout aussi présent sur les lieux, Chaaben Dammak, Secrétaire Général du Syndicat National des Restaurateurs Populaires déclare : «L’ensemble de la profession est soulagé par cette décision de fermeture. Une tradition millénaire de malbouffe et d’hygiène approximative se trouvaient en péril imminent à cause de ce genre d’imposteurs. Heureusement qu’il ne s’agit que d’une initiative isolée et sans réel danger,un peu comme celles des terroristes… »

Après avoir procédé à toutes les formalités nécessaires à la fermeture, Mondher Chammaa nous a davantage éclairés quant aux tenants et aboutissants de cette affaire. «Nous avons commencé à prendre cette histoire au sérieux suite aux nombreux appels reçus par le SMASH. Des clients vieux de 30 ans voire plus commençaient à être pris de crises de spasmes accompagnées de vomissements /diarrhée aiguës des suites de la consommation de repas sur place. Les organismes habitués à des décennies de Leblébi aux ingrédients aussi douteux qu’improbables ne pouvaient digérer des produits Bio de bonne qualité. Alertés par la récurrence des incidents, nos services ont fait une descente surprise pour constater et caractériser tous les faits rapportés. De plus, que ne fut pas notre surprise en découvrant au fond d’un tiroir un classeur avec la nouvelle carte concoctée par celui qui se faisait appeler « Oueld Foufa ». Pêle-mêle, nous avons trouvé dans les flots des fiches un « Leblebi de lentilles corail au saumon poché », « un Kaftéji de topinambours et chips de panais avec merguez de Soja » ou encore « S’hann Tounsi au tofu façon cuisine déstructurée ».

Visiblement rassurée, la communauté des habitants du quartier s’est félicitée de l’intervention du SMASH, l’exhortant à redoubler de vigilance afin de garantir aux générations futures l’inaliénable droit à l’ulcère de l’estomac.

 

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