Mohsen M, jeune banquier de 47 ans, emprunte tous les matins comme beaucoup de tunisiens la route X afin de se rendre sur son lieu de travail. Résident à Menzah 9 C’D2X et travaillant au Lac 2, il s’est résigné à se lever tous les jours à 4 h du matin afin d’espérer atteindre son entreprise vers les coups de 11h.

Cependant, depuis quelques mois, la fluidité légendaire de la route X a pris un coup et les différents échangeurs en cours de construction ont fait que les délais pour traverser Tunis se soient inévitablement rallongés.

Le jour où les travaux de l’échangeur de l’aéroport ont commencé, Mohsen a décidé de se lancer dans la rédaction d’une thèse en neurosciences pour tromper l’ennui. Il s’agit d’une thèse sur les neurotransmetteurs qui sont, comme la communauté scientifique l’admet depuis quelques temps, à la base de bons nombre de mécanismes psychologiques chez l’être humain. Pensant qu’il aurait juste le temps d’écrire l’introduction, Mohsen ne tarde pas à terminer le premier chapitre, aidé par une inspiration des grands jours, mais surtout par un feu rouge défectueux sur sa route.

« J’ai commencé en septembre, avec une petite pause en novembre, parce que j’ai dû passer la deuxième vitesse et avancer suite à la prise en charge de la circulation par un agent de la circulation. J’ai ensuite passé tout l’hiver entre recherches internet et rédaction. Ce n’est que vers le printemps, quand on a pu enfin rejoindre la route de la Marsa, que j’ai commencé à nourrir le fol espoir de pouvoir déposer ma thèse avant d’arriver au boulot ».

En juin, suite à plusieurs mois de dur labeur et de bouchons, Mohsen finalise les remerciements de sa thèse et rebrousse chemin vers la faculté de médecine à Bab Saadoun pour déposer le document finalisé avant la date butoir du 21 juin 2017. C’était sans compter asur les embouteillages du tunnel de Bab Saadoun où Mohsen ne passera pas moins de trois mois, et devra renoncer la mort dans l’âme à soutenir sa thèse dans les délais. Voyant la carrière de neurochirurgien lui tourner le dos, Mohsen, vu pour la dernière fois par des témoins il y a quelques mois au volant de sa voiture du côté de Meftah Saadallah, n’a plus donné aucun signe de vie.

La rédaction lance donc un appel aux autorités compétentes pour éviter ce genre de mésaventures à l’avenir, et faire revenir les délais de traversée de Tunis à 2 ou 3 mois comme c’était le cas avant la révolution et la gabegie qui en a découlé.

La rédaction

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