C’est lors d’une conférence de presse organisée ce matin au siège du front populaire à Tunis, que la famille de Anas Harba a annoncé la nouvelle devant un parterre de journalistes atterré: hier, n’ayant posté aucun statut sur la mort de Kamel Gadhgadhi, Anas a disparu dans des conditions pour le moins mystérieuses. Sa famille lance un avis de recherche.

 

Etudiant en première année de droit au campus universitaire de Tunis, le jeune homme était totalement pris par son engagement citoyen et associatif: membre actif de « horeyya w insaf », il était également vice président du club de base-ball de Sijoumi et responsable de la communication du mouvement « Enfakhtouhomna ». Certains de ses amis, présents lors de la conférence de ce matin, sont encore sous le choc: « ils nous a toujours habitué à donner son avis sur l’actualité tunisienne à travers facebook. » nous confie S.M, ami et voisin de Anas avant d’ajouter en larmes: « pourquoi n’a t-il pas réagi à la mort de Gadhgadhi? Il nous a pas habitué à autant d’anti-conformisme, sa disparition prend du sens, d’autant plus que nous ne savons rien sur son activité depuis l’annonce de la mort de Gadhgadhi… »

 

De son coté, le ministère de l’intérieur nous a fait savoir via son porte-parole, Mr El Aroui, que la totalité des services du ministère ainsi que toutes les forces de police étaient actuellement occupés à fêter le succès de l’opération Raoued. « Une nuit inoubliable » selon le cadre sécuritaire. « Nous avons offert le cadavre de Gadhgadhi au peuple tunisien, nous méritons bien un petit temps de décrassage. La disparition du dénommé Anas Harba, on s’en occupera après l’organisation des prochaines élections. »

 

A la disparition d’Anas, s’ajoutent celles de plusieurs internautes qui n’ont pas commenté l’affaire Karboul la semaine dernière. Néanmoins, il s’agit du dernier cas de disparition de ce type selon le ministère de l’intérieur. Hier, Abdelaziz Belkhodja, très grand scénariste tunisien et auteur de plusieurs ouvrages de fiction, a écrit une note sur sa page facebook dans laquelle il insiste sur le caractère ordinaire de ce genre de disparitions en dénonçant « le manque de patriotisme de ceux qui n’ont pas commenté la mort du présumé tueur de Chokri Belaïd ». Cependant, rien de mieux que les œuvres du grand penseur pour appréhender la complexité de la situation. Ce dernier clôture son post en mettant l’accent sur la nécessité d’acheter son dernier livre pour « ceux qui veulent palper la vérité. »

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