C’est la tragique histoire de feu Raouf Dridi, jeune porteur d’eau de 23 ans qui gît actuellement dans une fosse commune quelque part à Tunis. Raouf, connu pour sa grande piété, sa curiosité et sa soif inextinguible de connaissance qu’il va régulièrement étancher chez le barbier du coin qui, bien qu’analphabète, a toujours eu le courage de dénoncer à la fois la corruption des élites, les complots mondiaux qui se trament contre les musulmans mais aussi la futilité des sciences modernes face à la médecine prophétique.

Convaincu par les longues tirades de son barbier que répètent, par intermittence, ses centaines de clients dans les cafés du quartier, Raouf court dispenser sa science et convaincre ses concitoyens que virus de la variole n’est une supercherie créée par les compagnies du télégraphe pour électrocuter les âmes des musulmans en installant son réseau de câbles dans les cieux et que l’administration du vaccin visait à leur implémenter discrètement un appareil de Morse de 15 cm x30 cm.

Au fil des jours, les idées du Professeur Raouf (comme on se plait à l’appeler désormais) commencèrent à toucher du monde, des centaines de citoyens se rendirent à l’évidence que tous les malheurs du pays ne sont que le fruit d’une conspiration internationale qu’ils se sont résolus à combattre en refusant le vaccin rendu obligatoire par la Régence tunisienne.

Ce “ combat pour la vérité et l’éveil des peuples face à l’oppression des élites et le satanisme des francs-maçons ” débuta par la désertion des centres de vaccination de la part de Raouf et de ses acolytes et s’acheva par leur décès de la variole une semaine plus tard.

Un combat certes perdu pour le moment mais il reprendra là où la science et la technologie toucheront aux croyances les plus fermement ancrées dans l’esprit humain.

La Rédaction

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