Depuis le restaurant « Le Baroque » où il a pris ses quartiers pour suivre au mieux les événements de Ben Guerden, le chef du gouvernement ne ménage pas ses efforts pour rester au contact des hommes de terrain montés au front.

Profitant d’une brève pause déjeuner, Habib Essid a tenu à mettre certains points au clair, pour éviter toute confusion dans l’esprit de ses concitoyens.

Entre la bouteille de Magnifique et le plat de seiches grillées, l’homme fort du gouvernement n’a pas manqué de rendre hommage à nos valeureux soldats, avant de mentionner une autre catégorie qui « fait face aux affres du terrorisme, avec dignité et sans courber l’échine. »   
Dithyrambique, il ne tarit pas d’éloges sur la communauté des contrebandiers de Ben Guerden, mettant l’accent sur l’importance des sacrifices par eux consentis, et insistant sur leur « fibre patriotique qui n’a jamais fait l’ombre d’un doute. »

Après avoir redemandé une bouteille de vin et une assiette de Tasitra en guise de garniture, le Premier ministre poursuit de plus belle: « Ils affrontent les forces des ténèbres avec un courage sans pareil! Malgré l’instabilité du moment qui porte sérieusement préjudice à leurs affaires, les barons locaux de la contrebande -avec qui nous sommes en contact permanent- font preuve d’un stoïcisme de tous les instants, tout en assumant pleinement leur rôle de relais de L’État dans l’une des régions les plus reculées du pays. En effet, leur rôle prépondérant dans l’animation de l’économie de la région, tant par la dynamique commerciale instaurée que par les emplois créés, nous soulage de la lourde tâche de promouvoir les zones intérieures et nous permet, en tant que gouvernement, de concentrer nos efforts sur les zones du littoral. Raison pour laquelle, nous renouvelons notre engagement solennel à mettre à contribution tous nos moyens logistiques et militaires afin de protéger leurs intérêts économiques. Des intérêts sérieusement mis à mal par la montée du terrorisme aux abords de la frontière libyenne. » 

Interrompu par l’appel d’un collaborateur depuis la salle des opérations installée au premier étage du restaurant, Habib Essid s’excuse non sans avoir emporté avec lui une douzaine de bières, du kaki et du fromage sicilien, de quoi tenir une bonne partie de l’après-midi. 

La rédaction

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