Après le demi-échec essuyé par le ministre des finances dans le dossier de la hausse sur la taxe des boissons alcoolisées (ndlr : taxe majorée de seulement 70% au lieu des 3200% initialement visés), le gouvernement revient à la charge en taxant lourdement la kémia.

L’artisan de cette mesure n’est autre que Ghalia Sourdi, professeur d’économie à l’université américaine Culombia et conseillère spéciale du Ministre des finances. Cette éminente économiste a suggéré le contournement d’une surtaxation directe des boissons alcoolisées, pour frapper lourdement la kémia et s’épargner la foudre du puissant lobby de l’alcool. « Point de beuverie sans kémia ! » Jubile-elle, avant de poursuivre : « Cette mesure est aussi rusée que pertinente ! Etant donné la richesse de la kémia tunisienne, le périmètre des produits potentiellement taxables est tout bonnement immense ! »

En effet, les services du ministère sont en train d’arrêter une liste exhaustive des produits alimentaires qui feront l’objet d’une taxation supplémentaire de 69% du prix d’achat TTC.

A la lumière de ces informations, le lecteur avisé ne pourra s’empêcher de poser la question quant à la distinction entre les aliments achetés pour une consommation normale et ceux servant de kémia. Notre brillante interlocutrice semble avoir réponse à tout : « Effectivement, il convient d’opérer un distinguo net entre la mère de famille qui fait les courses pour la semaine et le fêtard qui prépare une cuite. Une réflexion menée de concert par un collège de juristes triés sur le volet – Samir Ben Amor, Noureddine Bhiri, Samia Abbou, Habib khedhr et Borhen Bsaies pour ne pas les citer- a permis de trouver des solutions efficaces. En premier lieu, une présomption d’usage à des fins kamiatives (néologisme créé pour les besoins du texte de loi) pèsera sur les fruits secs et la charcuterie sans exception. Idem pour les fromages (sauf Riki et les fromages à tartiner), les abats ainsi que certains légumes et féculents –Artichauts, pois-chiches, fèves –  qui seraient également concernés, sans oublier les pots de Yaourt Yogo au format familial de 500 grammes et le Carré de Mateur qui feront l’objet d’une surtaxe supplémentaire de 157% ».

 

Le fromage à usage kémiatif sera surtaxé.
Une présomption d’usage à des fins kamiatives pésera sur tous les fromages (sauf Riki et les fromages à tartiner).

Ainsi, toujours d’après le Professeur Sourdi, dans le cas où ces produits seraient destinés à une consommation normale, le client devra signer une déclaration sur l’honneur par laquelle il s’engagera à ne pas utiliser des aliments exonérés dans un repas alcoolisé. Pour veiller à la bonne application de la loi, une « Brigade de prévention des dangers de la kémia », qui verra bientôt le jour, assurera des descentes régulières dans le domicile des citoyens pour vérifier la non-existence de transfert indirect de bénéfices assimilable à une fraude fiscale.

De même, les épiciers et grossistes seront impliqués dans cette manœuvre puisqu’ils seront tenus de remettre à la recette des finances des compte-rendu réguliers avec l’identité des personnes ayant achetés les produits alimentaires faisant partie du périmètre taxable.

Dernière mesure décidée: le lancement d’un portail de délation (www.sabbeb-el-hakem.gouv.tn) qui sera mis à la disposition des citoyens ayant eu connaissance de beuverie ou toute autre consommation individuelle ou collective de spirituex, impliquant des produits de kémia achetés en franchise de la nouvelle taxe.

Selon nos informateurs, cette nouvelle taxe qui n’a pas fini de faire parler d’elle aurait fait l’objet de vives réticences du côté du palais de Carthage, où le locataire des lieux aurait menacé de bloquer le pays pour ne pas qu’elle passe.

Surtaxe supplémentaire de 157% pour les pots de yaourt à boire.
Surtaxe supplémentaire de 157% pour les pots de yaourt à boire.

 

"Foul m'dammes"
« Foul m’dammes », nouveau caviar du tunisien fêtard.

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